Cette prophétie d’Hidéo Kojima prend tout son sens aujourd’hui…Capsule Temporelle

Rédigé par

 

CETTE PROPHÉTIE D’HIDEO KOJIMA PREND TOUT SON SENS AUJOURD’HUI…


Après que Sony ait annoncé vouloir mettre un terme à la production de disques pour les jeux au format physique, un vieux tweet prophétique de Hideo Kojima a refait surface en ligne.

Si l’histoire du jeu vidéo est si belle, c’est parce qu’elle est faite de révolutions : de grands moments historiques qui ont changé à jamais sa face. Souvent pour le meilleur… et malheureusement parfois pour le pire. Et depuis ce 1ᵉʳ juillet 2026, nous vivons justement l’un de ces moments charnières, qui promet de profondément et durablement bouleverser l’industrie vidéoludique telle qu’on la connaît : l’annonce faite par Sony de la mort du disque, et donc par extension du format physique qui va avec.

Quand bien même les contours de cette prophétie fataliste se dessinent depuis quelques années maintenant, son avènement définitif acté pour janvier 2028 a fait l’effet d’une bombe puisqu’à compter de cette date, les joueurs PlayStation n’auront plus le choix que de passer par le store officiel du constructeur pour jouer à leurs jeux PlayStation préférés.

Je dis bien jouer et non pas acheter, car au-delà de toutes les questions de monopole que cela pose, en l’absence de support physique, nous ne paierons plus que pour des licences d’exploitation, autrement dit, une location des droits d’accès à un jeu, que n’importe quel éditeur pourra nous retirer à tout moment s’il le désire. Et bien devinez quoi, ce tableau bien noir, Hideo Kojima, le créateur de Metal Gear Solid et Death Stranding, l’avait fatalement dressé il y a plus de cinq ans déjà. Pire encore, ses inquiétudes allaient bien au-delà des jeux vidéo.

Dans sa réflexion publiée sur Twitter le 5 août 2021 (et repartagé par ce dernier après l’annonce de Sony), Kojima n’évoque pas à proprement parler l’abolition du support physique, mais plutôt les conséquences qu’implique l’ambiguïté quant à la question de savoir si nous sommes réellement propriétaires des produits numériques que nous achetons. En grand défenseur du format physique, que ce soit pour des jeux, de la musique, des livres et des films, Kojima a justement parfaitement conscience qu’une licence qui peut être révoquée à tout moment par l’entreprise propriétaire de la plateforme ou des serveurs d’hébergement d’un produit numérique n’implique en rien de posséder ce dernier.

« À terme, même les données numériques ne seront plus la propriété des individus de leur propre initiative. Chaque fois qu’un changement majeur ou un événement imprévu survient dans le monde, dans un pays, au sein d’un gouvernement, au niveau d’une idée ou d’une tendance, l’accès à ces données risque d’être soudainement coupé. On ne pourra plus accéder librement aux films, livres et morceaux de musique qu’on a aimés. Je deviendrais ainsi un ‘démuni’. C’est ça qui me fait peur. Ce n’est pas de la cupidité. »

Et malheureusement, force est de constater que nous y sommes arrivés plus vite qu’on aurait pu le croire. Avec l’avènement du tout dématérialisé, l’explosion des boutiques en ligne, du streaming et autres services d’abonnement, mais aussi donc, à compter de 2028, la disparition du support CD chez Sony, c’est peu dire que nous ne possédons réellement plus aucun produit culturel. « « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux », comme disait l’autre.

Pour en revenir aux jeux vidéo spécifiquement, l’histoire avait beau irrémédiablement se diriger vers le full-démat, le marché du physique étant en berne depuis pas mal d’années, d’après le dernier rapport du SELL, les jeux en boîte représentaient tout de même encore 28 % du marché des consoles français en 2025, ce qui en fait une part non négligeable, il faut bien le dire. Autant de joueurs passionnés qui n’auront bientôt plus d’autres choix que de se conformer aux lois d’un capitalisme exacerbé qui n’a d’yeux que pour notre porte-monnaie.

Oui, la mort du disque ne dérangera pas l’écrasante majorité des joueurs, mais la vérité, c’est qu’à terme, en ne nous laissant plus le choix du support, elle risque de nous emprisonner. Au-delà d’ouvrir la porte à des prix abusifs, nous n’aurons malheureusement bientôt plus aucune liberté sur nos jeux, autrement dit, aucune possibilité de les revendre, de les prêter et, à terme, de préserver notre magnifique patrimoine vidéoludique. Et même si certains acteurs du secteur ont sorti les fourches pour s’opposer à cette privation de liberté éhontée, il y a malheureusement peu de chances d’espérer un quelconque rétropédalage. Oui, Kojima avait raison depuis le début et ça fait chier, pas vrai KFC ?