Alien : Earth Ep 1 & 2 - Critique

Peter Pan, GOT & monstres inédits.

Très attendue et très ambitieuse, la série Alien Earth débarque sur Disney + à compter du 13 août. Et si cette nouvelle grosse production de la part de FX sur le xénomorphe au budget colossal - on parle de 250 millions de dollars tout de même selon les médias américains - suscite autant de curiosité, c’est d’abord parce que pour la première fois, la licence s’exporte au format sériel… mais aussi parce que cette fois, l’action va se dérouler principalement sur Terre, permettant, logiquement, de développer certains aspects soulevés ici et là par les nombreux films.

On a vu les deux premiers épisodes de la série - avant de revenir, plus en détail, épisode par épisode en suivant le rythme de sortie - et on peut dire que ces derniers prennent leur temps : 1h04 pour le premier, 55 minutes pour le deuxième, Alien Earth ne compte pas ses heures au moment de poser les bases de son récit et on peut d’ores et déjà vous prévenir : la série, qui crédite Ridley Scott, le papa de la saga cinématographique comme producteur exécutif, sera un marathon de longue haleine, avec une heure en moyenne par épisode. Vu l’ambition du projet, celui de renouveler la licence et d’étendre comme jamais son ressort scénaristique, on n’est finalement pas surpris.

Le postulat de base est le suivant : l’histoire d’Alien Earth se déroule deux ans avant les événements du premier film. Nous sommes en 2120 et la Terre est régie par cinq corporations très puissantes (donc très riches) : Lynch, Dynamic, Threshold, Weyland-Yutani - la plus connue et célèbre car ancrée depuis des années dans le lore de la saga Alien - et Prodigy. Le premier épisode nous plonge dans cette réalité, qui fait un gentil clin d'œil à Game of Thrones au passage. Chaque entité a sa zone de contrôle, son pré carré, avec - on le suppose du moins - l’envie de s’étendre au-delà de leur espace et une forme de cupidité latente. Ce développement est audacieux et bienvenu aussi. En soi, depuis Prometheus et Alien Romulus, on en veut plus sur Weyland et ses motivations. Là, avec quatre autres compagnies consoeures et rivales, on est servi. Évidemment, cet équilibre de façade semble voué à voler en éclats dès le premier épisode et la chute de l’USCSS Maginot, un vaisseau de recherche appartenant à Weyland-Yutani, sur Terre et plus précisément dans un building de New Siam, une ville de Prodigy City ? Crise de lèse-majesté ? Prétexte malencontreux surtout pour semer la zizanie entre les deux sociétés.

Les raisons de l’incident ? Elles sont révélées très rapidement dans le premier épisode et la bonne nouvelle, c’est qu’on n’aura pas à attendre moult minutes pour voir le xénomorphe en action et s’en donner à coeur joie. Ce dernier est particulièrement réussi - ce qui était une crainte en raison du changement d’écrin -, surtout lorsqu’on sait qu’aucune CGI n’a été utilisé le concernant, tout comme dans Alien Romulus - et globalement, c’est toute la série, du moins sur ces deux épisodes, qui jouit d’une direction artistique plutôt séduisante - la série a bénéficié de décors extérieurs en Thaïlande, lieu du tournage en 2024 -, et d’une ambiance gore, certes mais suffisamment mystérieuse pour maintenir le spectateur en haleine. Le premier épisode, Neverland, pose les bases de l’intrigue et dispose les différents pions amenés à la faire évoluer.

En deux épisodes, Alien Earth rend hommage à la saga et nous rappelle que l’humain n’est jamais qu’un gibier pour ce monstre, ainsi qu’un danger pour lui-même aussi et surtout

C’est ainsi qu’on fait la connaissance du fondateur de Prodigy Corporation, le Boy Kavalier, un jeune fortuné qui se balade dans ses locaux en pyjama, toujours pieds nus et semble prendre chaque situation avec la plus grande légèreté possible. En quelques minutes, l’analogie avec Peter Pan est évidente. Elle l’est d’autant plus ensuite et le nom de l’épisode, Neverland, prend alors tout son sens : dans une course effrénée au progrès et à l’évolution, le Boy Kavalier, déterminé à changer la donne et à prendre une longueur d’avance sur les autres, met en place sa toute dernière création, les hybrides, des robots humanoïdes dotés d’une conscience humaine. Cette avancée est majeure, dans un monde où les cyborgs et les synthétiques (robots humanoïdes dotés d’intelligence artificielle) sont monnaie courante et sont totalement fondus dans la masse. Le premier fruit de cette création est Wendy, une jeune enfant condamnée à mourir d’une maladie incurable et qui se retrouve “sauvée” en devenant autre chose, plus forte qu’un être humain, plus résistante aussi.

Wendy, Neverland, le Boy Kavalier qui semble prêt à exaucer tous les vœux de ces enfants malades et condamnés et les prénoms de ces derniers (Nibs, Tootles, Smee, Slightly, Curly…): Alien Earth et son réalisateur Noah Hawley, remarqués pour son travail sur les séries Fargo et Legion, nous jouent un remake des Garçons Perdus, les compagnons de Peter Pan, fidèles et désireux de conserver leur âme enfantine. Et c’est le cas ici. Bien qu’ayant hérité d’un corps d’adulte, Wendy et les autres hybrides ne sont toujours que des enfants, avec un niveau de réflexion et de décision pas toujours mature.

Une vision enfantine du monde, un créateur totalement impliqué

Le personnage incarné par Sydney Chandler se démarque, notamment par le jeu de son actrice, plutôt convaincante dans ce rôle d’hybride, avec un physique de jeune adulte et le cerveau d’une adolescente de 12 ans. Difficile en deux épisodes de véritablement déterminer la pertinence de ce choix de mettre en avant des enfants mais la série veut se reposer sur eux en tout cas. C’est ce que démontre ces deux premiers épisodes, avec une Wendy plus humaine que hybride dans son comportement et totalement obnubilée par la recherche de son frère, plus que du sauvetage des victimes du crash du vaisseau. Les émotions de ces enfants-adultes et la vision innocente qu’ils ont de leur monde, voici deux éléments fondamentaux de l’intrigue pour le créateur Noah Hawley (il est également au scénario), qui a confié, en conférence de presse, avoir pensé Alien Earth en pensant à sa propre famille et le fait d’éduquer des enfants “dans un monde où la nature commence à se retourner contre nous et la technologie que nous avons créée”.

D’ailleurs, le showrunner n’a pas hésité à mouiller le maillot : c’est lui qui incarne le père biologique de Marcy (qui deviendra Wendy plus tard). Il n’a pas hésité non plus à mettre en scène son propre fils, Lev Hawley, ce dernier jouant la version enfantine du personnage d’Hermit, le frère de Wendy/Marcy. “J’ai encouragé mes enfants à s’imprégner de l’entreprise familiale, de mon travail et il voulait jouer un rôle qui ne correspondait pas aux Garçons Perdus, explique Noah Hawley. Je me suis dit alors : si j’engage un comédien pour venir improviser avec mon fils, je ne l'amènerai jamais là où j'en ai besoin. Du coup, le plus simple était de me mettre à la place de son père dans la série, comme dans la vraie vie, et c'est comme ça que je me suis retrouvé dans ma propre série.”

“Ici, on a vraiment l’impression que tout tourne autour des caprices de Boy Kavalier, développe ensuite l’intéressé au sujet de l’histoire, de ses émotions à chaque instant. Ouais, envoyons ces prototypes à un milliard de dollars sur le site d'un crash. Ça a l'air d'être une bonne idée, non ? On est donc dans une situation différente où l'individu est désormais à la merci, non seulement de cette entreprise anonyme, mais aussi de ces jeunes génies”. Le développement de l’intrigue dans l’épisode 2 va dans le sens des propos de Hawley, puisque une décision - assez évidente au regard des événements - du Boy Kavalier va provoquer un des tournants, on le suppose, de la série.

Un question de motivations

Celle-ci se repose beaucoup aussi sur le personnage de Morrow, un cyborg aux motivations claires, à savoir protéger coûte que coûte la cargaison du vaisseau et la remettre à son propriétaire. Ce dernier ne recule devant rien, n’a aucune empathie pour l’être humain - on a même le sentiment qu’il leur voue une haine féroce - et se montre sans pitié lorsqu’il s’agit d’atteindre son but. Morrow évolue lui aussi durant ces deux épisodes, avec une fascination perverse pour les hybrides, une forme de technologie qu’il ne comprend pas, avec un manque de repères évident une fois sur Terre, lui qui semble avoir bourlingué depuis des lustres dans l’espace et apparaît comme blasé et désabusé par son périple. Surtout, comme tous les personnages majeurs dans la série semble-t-il, Morrow a un but et on devine assez aisément que ces motivations personnelles vont toutes joliment s’opposer au moment de tomber nez à nez avec le xénomorphe.

D’autant que ces personnages ont tous une part de mystère. On pense notamment à Kirsh - incarné par Timothy Olyphant, décoloré en gris pour se démarquer des autres - , la “nounou” des hybrides, insensible, froid, autoritaire, hyper-charismatique pour ces enfants-adultes qui voient en lui une figure paternelle et totalement dévoué à son maître, le Boy Kavalier et à sa sécurité. Mais ce dernier, qui nous rappelle forcément les synthétiques des deux premiers films Bishop et Ash, semble également fasciné par ces découvertes extraterrestres. Au-delà de sa mission, et de son rôle faussement en retrait, quelles sont les véritables motivations de Kirsh ? Est-il une nouvelle version de Ash, antagoniste du premier film ou plus proche de Bishop, soutien indéfectible de Ripley dans Aliens ?

Le Xénomorphe n’est pas le seul danger

En deux épisodes, Alien Earth nous rappelle que l’humain n’est jamais qu’un gibier pour ce monstre, qui va surtout s’en donner à coeur joie dans le deuxième épisode, baptisé Mr October… et un danger pour lui-même aussi. Il n’est pas la seule menace ramenée sur Terre par l’équipe de recherche de Weyland-Yutani puisque c’est un véritable zoo qui a élu domicile dans le vaisseau. Noah Hawley voulait apporter de la diversité au mythe du xénomorphe, en respectant d’un côté les phases déjà connues de sa création et en étendant la menace à d’autres monstres, jusque-là inédits dans le lore d’Alien. Il y a les mythiques oeufs d’où s’échappent les facehuggers. Mais pas que.

Des sortes de limaces belliqueuses suceuses de sang et autres bizarreries ont élu domicile dans le vaisseau et une fois ce dernier échoué sur Terre, la grande majorité de cette faune extraterrestre - cinq espèces différentes en tout - tombe entre les mains de… Prodigy à l’issue du deuxième épisode, sur une décision du Boy Kavalier. Un caprice - et une envie de prendre le dessus sur Weyland-Yutani surtout, qui pourrait coûter cher à son entreprise et à l’humanité, décidément mal lotie entre guerre d'égos de corporations dominantes et menaces inconnues particulièrement hostiles. Notre seul grand regret ? Hormis quelques plans en extérieur, comme l’île de recherche de Prodigy “Neverland” et la ville de New Siam (encore une propriété de Prodigy), l’action se base majoritairement en intérieur. Si les décors sont réussis et l’immersion proposée est convaincante, on n’est pas vraiment dépaysé par rapport à ce que la saga Alien nous a proposé jusqu’ici. Ceci étant, et si les codes d’un film Alien sont bel et bien présents ici (gore, exécution, création du monstre), on a quand même le sentiment de voir autre chose, grâce à l’énorme part de mystère que la série s’évertue pour le moment à installer. Reste à savoir jusqu’où ce sentiment perdurera et si oui, comment. Mais il reste encore six épisodes à Alien Earth pour nous surprendre sur ces deux plans.

Verdict

Solide début de série pour Alien : Earth, qui installe une ambiance et un cadre d’entrée, avec des références de la littérature enfantine avec Peter Pan, des codes de série à succès comme Game of Thrones, tout en respectant l’oeuvre de base et notamment les deux premiers films et en étendant son lore de façon directe. Les musiques sont à la hauteur, tout comme le jeu des acteurs - jamais évident de jouer des enfants dans des corps d’adultes - et l’environnement choisi est pour le moment réussi. Un début surprenant et largement prometteur, qu’il faudra maintenir chaque semaine désormais, jusqu’au dénouement le 24 septembre prochain sur Disney +.

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Critique Alien Earth Ep1&2 : Peter Pan, GOT & monstres inédits

8
Très bon
Un très bon lancement pour la nouvelle série d'une licence surveillée de près. Le rythme sera-t-il gardé jusqu'à la fin ?
Alien : Earth Ep 1 & 2
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